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Paroles de sagesse tirées du Manuel d’Epictète décembre 5 2011

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V

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. Ainsi, la mort n’est rien de redoutable, puisque, même à Socrate, elle n’a point paru telle. Mais le jugement que nous portons sur la mort en la déclarant redoutable, c’est là ce qui est redoutable. Lorsque donc nous sommes contrariés, troublés, chagrinés, ne nous en prenons jamais à un autre, mais à nous-mêmes, c’est-à-dire à nos jugements propres. Accuser les autres de ses malheurs est le fait d’un ignorant ; s’en prendre à soi-même est d’un homme qui commence à s’instruire ; n’en accuser ni un autre ni soi-même est d’un homme parfaitement instruit. »

 VIII

« Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu le veux. Mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. »

XIV

« […] 2. - Le maître d’un homme, c’est celui qui a la puissance sur ce que veut ou ne veut pas cet homme, pour le lui donner ou le lui ôter. Que celui donc qui veut être libre, n’ait ni attrait ni répulsion pour rien de ce qui dépend des autres ; sinon, il sera fatalement malheureux. »

XVI

« Lorsque tu vois un homme qui gémit dans le deuil, soit parce que son fils est absent, soit parce qu’il a perdu ce qu’il possédait, prends garde de ne pas te laisser emporter par l’idée que les maux dont il souffre lui viennent du dehors. Mais sois prêt à dire aussitôt : “Ce qui l’afflige ce n’est point ce qui arrive, car un autre n’en est pas affligé ; mais c’est le jugement qu’il porte sur cet événement.” N’hésite donc pas, même par la parole, à lui témoigner de la sympathie, et même, si l’occasion s’en présente, à gémir avec lui. Mais néanmoins, prends garde de ne point aussi gémir du fond de l’âme. »

XVII

« Souviens-toi que tu es comme un acteur dans le rôle que l’auteur dramatique a voulu te donner : court, s’il est court ; long, s’il est long. S’il veut que tu joues un rôle de mendiant, joue-le encore convenablement. Fais de même pour un rôle de boiteux, de magistrat, de simple particulier. Il dépend de toi, en effet, de bien jouer le personnage qui t’est donné ; mais le choisir appartient à un autre. »

XX

« Souviens-toi que ce n’est pas celui qui t’injurie ou celui qui te frappe qui t’outrage, mais le jugement que ces hommes t’outragent. Lorsque donc quelqu’un te met en colère, sache que c’est ton jugement qui te met en colère. (*) Efforce-toi donc avant tout de ne pas te laisser emporter par ton idée ; car, si pour une fois tu gagnes temps et délai, tu deviendras plus facilement maître de toi. »

XXVI

« On peut reconnaître ce que veut la nature par les choses sur lesquelles, entre nous, nous ne sommes pas d’un avis différent. Ainsi, lorsque l’esclave d’un voisin casse une coupe, nous sommes aussitôt prêts à dire : “C’est dans les choses qui arrivent.” Sache donc, lorsque ta coupe sera cassée, qu’il faut que tu sois tel que tu étais quand fut cassée celle d’un autre. Transporte aussi cette règle, même à des faits plus importants. Quelqu’un perd-il son fils ou sa femme ? Il n’est personne qui ne dise pas : “C’est dans l’ordre humain.” Mais quand on fait cette perte soi-même, aussitôt on dit : “Hélas ! infortuné que je suis !” Il faudrait se souvenir de ce qu’on éprouvait à l’annonce du même événement survenu chez les autres. »

XLII

« Quand un homme te fait du tort ou parle mal de toi, souviens-toi qu’il juge qu’il est de son devoir d’agir ou de parler ainsi. Il est donc impossible qu’il suive ton sentiment, et il ne peut suivre que le sien, de sorte que, s’il juge mal, il ne nuit qu’à lui-même, et vit seul dans l’erreur. De même, lorsque quelqu’un tient pour fausse une proposition qui est vraie, ce n’est pas la proposition qui en souffre, mais celui qui s’est trompé. Pars de ces principes, et tu supporteras aisément celui qui t’injurie. Répète à chaque fois : “Il en a jugé ainsi.” »

XLIV

« De tels raisonnements ne sont pas cohérents : “Je suis plus riche que toi, donc je te suis supérieur. - Je suis plus éloquent que toi, donc je te suis supérieur.” Mais ceux-ci sont cohérents : “Je suis plus riche que toi, donc ma richesse est supérieure à la tienne. - Je suis plus éloquent que toi, donc mon élocution est supérieure à la tienne.” Mais tu n’es toi-même, ni richesse, ni élocution. »

XLVI

« 1. - Ne te dis jamais philosophe, et garde-toi le plus souvent de parler de maximes à des [profanes]. Fais plutôt ce que prescrivent les maximes. Par exemple, ne dis pas dans un festin comment il faut manger, mais mange comme il faut. […]

   2. - Si, entre [profanes], la conversation tombe sur quelque maxime, garde le plus souvent le silence. Tu cours grand risque, en effet, de vomir aussitôt ce que tu n’as pas digéré. Et, lorsque quelqu’un te dit : “Tu ne sais rien”, si tu n’es pas mordu par ce propos, sache que tu commences à être philosophe. Car ce n’est point en rendant aux bergers l’herbe qu’elles ont avalée, que les brebis leur montrent combien elles ont [bien] mangé. Mais, une fois qu’elles ont au-dedans digéré leur pâture, elles rendent au-dehors de la laine et du lait. Et toi aussi, ne fais pas étalage de maximes devant des [profanes]. Mais montre-leur les effets de ce que tu as digéré. »

XLVIII

« 1. - Conduite et caractère de l’homme [ordinaire] : il n’attend jamais profit ou dommage de lui-même, mais [toujours] des choses extérieures. Conduite et caractère du philosophe : il n’attend tout profit et tout dommage que de lui-même.

   2. - Signes de celui qui progresse : il ne blâme personne, il ne loue personne, il ne se plaint de personne, il n’accuse personne, il ne dit rien de lui-même comme de quelqu’un d’importance ou qui sait quelque chose. Quand il est embarrassé et contrarié, il ne s’en prend qu’à lui-même. Quand on le loue, il rit à part soi de celui qui le loue ; et, quand on le blâme, il ne se justifie pas. […]

   3. - Il a supprimé tout désir [égotique] en lui, et ses aversions, il les a transportées sur les seules choses contraires à la nature qui dépendent de nous. Il fait usage en tout d’un élan détendu. Et s’il passe pour sot ou ignorant, il ne s’en inquiète pas. En un mot, il se défie [uniquement] de lui-même, comme d’un ennemi dont on redoute les pièges. »

Manuel d’Epictète
(traduction de Mario Meunier
pour GF Flammarion :

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Relativement court (25 pages dans ma version poche), donc rapide à lire, ne vous privez pas d’aller découvrir dans son intégralité ce recueil de paroles du philosophe grec Épictète (50-125/130), réunies par son disciple Flavius Arrien (Épictète n’ayant, comme Socrate, rien écrit lui-même). Vous pouvez trouver sur Internet, téléchargeables gratuitement, plusieurs traductions en français de ce Manuel,  comme par exemple celle-ci.

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(*) voir Le Travail de Byron Katie, et notamment ses fiches de travail Jugez votre prochain.


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